Chaque région de France a sa spécialité : la bouillabaisse à Marseille, le cassoulet à Toulouse. Mais à y réfléchir de près, il est une spécialité pour l’ensemble de l’hexagone : celui du trou de la sécurité sociale. Rappelons quelques chiffres. En 2008, le déficit du régime général de la sécurité sociale était de 10 milliards d’euros. En 2010, il devrait être de plus de 30 milliards d’euros. Ce déficit est devenu une telle spécificité qu’une caisse spéciale a été créée en 1996, la CADES (Caisse d’amortissement de la dette sociale) afin de tenter de résorber les 100 milliards d’euros de déficit cumulé de la sécurité sociale. Cette entité dont la seule finalité est de gérer un « trou », dispose de salariés et même d’un site internet (http://www.cades.fr). Mieux, elle dispose de recettes : la fameuse CRDS (Contribution pour le remboursement de la dette sociale) dont l’objet était de mettre à contribution chaque cotisant afin de résorber le déficit social. La CRDS et la CADES devaient disparaître au bout de 12 ans, soit le 31 janvier 2008….On sait ce qu’il en a été….On se croirait revenu à l’époque des shadoks et du grand trou sachant, suivant la formule consacrée, que « plus ils pompaient, plus il y avait d’eau » !
Chaque année, le législateur est soumis à un exercice de plus en plus compliqué : voter une loi de financement de la sécurité sociale prévoyant les dépenses et les recettes pour l’année suivante. L’année dernière, la loi de financement pour 2009 comportait 120 articles…. ! Et le moins que l’on puisse dire c’est que les professionnels et les praticiens ont de plus en plus de mal à suivre. Loin parait le temps où sur une fiche de paie n’existaient que des cotisations ! Désormais, aux cotisations, il convient d’ajouter la contribution sociale généralisée, la contribution pour le remboursement de la dette sociale, le forfait social instauré l’année dernière pour les produits d’épargne salariale et doublé sitôt sa création….De qui se moque t’on ! Alors qu'une fiche de paie compte 4 lignes en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis (salaire brut, montant déduit au titre de l'impôt sur le revenu, montant déduit au titre des charges salariales, salaire net), 7 en Allemagne, ou encore 8 en Italie, elle en comporte ... 22 en France. Et à l’heure où les pouvoirs publics nous promettent la simplification, la fiche de paie est devenue totalement incompréhensible. La lassitude et le fatalisme des salariés sont devenus tels que certains ne réalisent même plus qu’ils paient des impôts sur des sommes qu’ils ne reçoivent même pas. Et pourtant un simple coup d’œil sur la colonne net imposable et net à payer devrait leur faire prendre conscience de cette réalité….
Quoi qu’il en soit, devant l’impossibilité pour les pouvoirs publics d’augmenter les cotisations, la seule possibilité est de développer les contrôles au sein des entreprises afin de redresser. Et force est de constater que l’activité de vérification fonctionne à merveille et est même promise à un avenir durable. Les 101 URSSAF diligentent chaque année 112 000 vérifications sur place, soit presque quatre fois plus que pour l’administration fiscale. 58% des contrôles aboutissent à un redressement (avec une augmentation d’environ 12 millions d’euros de redressement entre 2006 et 2007).Et tout laisse à croire que ce mouvement devrait s’amplifier : les pouvoirs publics ont donné davantage de pouvoirs aux URSSAF, les textes votés parfois avec des sentiments louables font souvent l’objet d’interprétations administratives souvent bien moins généreuses…
A une heure où le président de la République a ouvert un débat sur l’identité nationale, ne serait-il pas tout aussi urgent d’ouvrir un débat sur la protection sociale, son financement, ses modes de contrôle….En fin de compte, un tel débat permettrait sans doute d’en finir avec la gestion à la petite semaine de la sécurité sociale…Telle serait la véritable réforme que les français attendent au lieu de se demander chaque année les nouvelles augmentations qu’ils vont devoir subir….