On se souvient qu’en avril 2007, Nicolas Sarkozy, alors candidat à la présidence de la République avait déclaré: « je garantirai trois heures de transport en commun pour aller au travail, et trois heures pour en revenir. Il est inacceptable que les français soient pris en otage par les grèves ». Fort de cette déclaration, un projet de loi fut élaboré, le Parlement réuni, et un texte voté en août 2007. Or, le moins que l’on puisse dire, c’est que ce texte n’est pas à la hauteur des ambitions affichées. En effet, pas une seule fois dans la loi, le terme de « grève » n’est utilisé. On conçoit certes cette volonté de ne pas choquer les syndicats. Mais dans le même temps, on peut s’interroger sur la portée d’un texte qui ne vise même pas le mal qu’il entend combattre. Qui plus est, on aurait pu croire que le texte sur le service minimum et qui vise essentiellement les transports était applicable à toute grève. Là encore, l’erreur est réelle. En effet, la loi votée n’est applicable qu’en cas de perturbation « prévisible » du trafic. En sens contraire donc, les grèves émotionnelles déclenchées après l’agression d’un collègue de travail ou liées à de soudains mouvements d’humeur ne font pas partie du champ d’application de la loi…..Cette précision est d’importance lorsque l’on sait que dans les régions, la plupart des arrêts de travail sont liés à des événements non prévisibles…Si l’on ajoute à cela le fait que le texte ne trouve application que dans les entreprises de transports terrestres (excluant ainsi malgré les protestations de l’époque des députés corses, le transport maritime), on se dit que ce texte n’apporte vraiment pas grand choses et que l’on est loin des déclarations tonitruantes du Président de la République assurant 6 heures de service minimum par jour….
Mais, ce n’est pas tout. La fermeture de la gare Saint Lazare fin 2008 a montré les nouvelles limites du service minimum dans les transports. Dans cette affaire, le trafic de cette gare était troublé depuis un mois par une grève des conducteurs sur les effectifs avec des débrayages de 59 minutes par jour, perturbant totalement le service. Puis, les cheminots avaient cessé le travail après l'agression de l’un de leur collègue de travail. Très « remonté" le Président de la République avait demandé à la SNCF de "s'excuser" et "d'indemniser" les voyageurs en insistant sur le fait que «le service public appartenait au public" ….En un mot, faute d’avoir trouvé des réponses dans la loi, le gouvernement pointait la responsabilité de la SNCF…. !
Récemment, et après bien des avatars, le gouvernement vient d’admettre les limites de la loi d’août 2007. Outre les manquements de la loi que nous avons déjà indiqués, le secrétaire d’Etat aux transports vient de rappeler que « la loi ne fonctionne pas quand tout le monde est en grève ». Les 2 millions usagers des RER A et B ont eu l’occasion de méditer longtemps cette phrase lors de la perturbation du trafic sur ces deux lignes début novembre… !
Décidément, on se dit que cette loi de 2007 votée dans l’euphorie d’une victoire n’apporte vraiment pas grand-chose et qu’une véritable réflexion sur le service minimum dans les services publics (comme cela est déjà le cas dans les pays européens) s’impose.